Notes prises à la conférence du frère Dominique Collin

« Libérés du Christianisme ou libérés par l’Evangile »
Conférence donné par le frère Dominique Collin o.p. le 9 mai 2017 à Wavre, contribution de l’Unité Pastorale de Wavre au Printemps des Libertés organisé par la Ville de Wavre.
Nous vous proposons ici une mise en forme des différentes notes prises pendant la conférenceDominique Collin fait d’abord une distinction entre « Les libertés » et « La Liberté ».

1- Les libertés

Les libertés dont on parle actuellement n’ont plus rien à voir avec le Christianisme. Le terme fait référence aux institutions et à la constitution.
La femme et l’homme d’aujourd’hui seraient en :
– Liberté contre,
– Liberté de,
– Liberté pour.
Dans ce contexte, des « libertés », nous pensons à l’organisation des droits des citoyens, la liberté de se réunir, d’opinion politique, de voter, de pouvoir faire ou défaire.
Le mot « liberté » se retrouve également dans la devise républicaine, celle de la France : « Liberté, Egalité, Fraternité ». La liberté en question est une liberté « acquise » qui restreint « les libertés » collectives et individuelles. La Fraternité est une utopie, l’Egalité se révèle être inégalitaire.
En somme, les libertés sont une émancipation et une organisation démocratique qui permettent à des citoyens d’avoir des droits et des devoirs. Il est donc important de découvrir le renouvellement et le ressourcement d’une liberté issue de l’Evangile, de la Parole de Dieu.

2-La liberté issue de la Parole de Dieu

En effet, cette Parole, d’une richesse insoupçonnable, nous parle de l’individu et du collectif en prenant en compte les éléments humains.
Ainsi, l’humain a pour vocation «d’EXISTER» (ex-sistere en latín), au sens d’être là, du fait de l’existence d’une chose ou d’une personne. Par exemple, un objet « Existe », car, nous avons la preuve que cet objet présenté et visible est bien réel au sens existentiel.
Bien plus, Exister, c’est littéralement sortir de soi, sortir de, aller à la rencontre de, en exploitant son intelligence, ses désirs, sa vie intérieure, sa volonté (…), bref, sa liberté intérieure. Et cela, dans
nos différentes manières de vivre. C’est chaque jour un défi. Car Vivre « biologiquement » son existence, nous limite à certains moments. Nous sommes comme englués dans la nécessité et en fin de compte, la fatalité. On sort de soi lorsqu’on est appelé par quelqu’un. On n’existe pas sans l’autre, sinon nous nous retrouvons dans la tentation du repli sur soi.
C’est en ce sens que Françoise DOLTO parle de « dé-vivre », non pas de mourir mais cesser de vivre, se laisser aller, paraître ou « par-être » c’est-à-dire être par quelque chose ou grâce à ce qu’on accumule ou consomme. Et comme l’objectif n’est jamais totalement atteint, surgit une sorte de désespoir ou/ et toujours plus de frénésie dans la conquête du pouvoir ou/ et de l’argent jusqu’à l’envie d’en finir. Et cela peut conduire à la tristesse comme signe de la non-existence. C’est l’amère expérience que chacun peut faire. Chacun peut avoir des passages de « dé-vivre ».
Vivre vraiment, c’est être délivré, créer, non pas mourir et cesser de vivre, car, il s’agit d’une relation harmonieuse entre l’intelligence et la liberté intérieure. Plus nous vivons des expériences, et des changements, plus, nous découvrirons notre liberté intérieure et sa dynamique à sortir de soi. Être libre, c’est exister, en pensant en « je », en dynamisant ses capacités. La liberté est un don intérieur, un appel à exister, un appel de l’Evangile.

3-Un appel à Exister.

D.Collin rappelle l’épisode du paralytique en Saint Marc au chapitre 2. En effet, dans la maison, Jésus annonçait la Parole. Il y avait une foule nombreuse à la porte qui empêche le paralytique d’y entrer. Pire encore, celui-ci a les mêmes options que la maison. Il est sans mouvement comme la maison. Il est englué dans son grabat.
Cette figure du paralytique nous montre un homme non existant, collé à la fatalité. Il se trouve dans l’incapacité de vivre. Son passé est égal à son avenir.
Le passé est le poids de ses blessures
Le futur : le temps dans sa valeur linéaire, chronométré. C’est un passé qui ne passe pas
(un deuil, une blessure).
L’avenir : ce qui est en train de venir, un horizon de possibilités, quelque chose de neuf, de l’inédit
qui va éclore.
Il n’y a certes pas de mouvement mais il y a encore une audace, une brèche, le toit, le seul endroit faible de la maison. Le paralytique est d’abord porté puis descendu. Le malade lui-même a dû rechercher des ressources.

On peut être ainsi emprisonné et désirer d’avantage de liberté qu’avant. « Jésus voyant leur foi lui dit : mon enfant, tes péchés te sont remis ». Le verbe utilisé (aphièmi) signifie : délier de ce qui fait son passé, la fatalité. Dieu est Celui qui vient lui ouvrir l’a-venir. C’est le futur de son passé.
Et là, la foi crée des possibles quand il n’y en a plus. C’est un facteur de risque qui permet dans l’audace confiante d’exister. « Il se leva et il sortit devant tout le monde ». Il sort de lui-même, de son emprisonnement.
S’en suit alors l’expression de la gratitude parce qu’un avenir est devenu possible. La joie est l’irruption d’une gratuité qui vous appelle et qui vous fait sortir de vous. C’est le symptôme d’une vie qui rend gloire. C’est la signature de quelqu’un qui commence à exister. C’est le signe de l’avènement d’un inédit. C’est la marque d’une vie rencontrée par quelqu’Un dans la vérité.
Quant à la tristesse, c’est un enfermement, c’est une impossibilité de croire que quelque chose puisse advenir. C’est le règne de la raison. C’est le contraire de la foi.
En partant du fait que la liberté de l’être n’est pas une liberté « religieuse » comme telle, nous avons le droit d’avoir une foi, un engagement. Nous pouvons également être rigoureusement croyants et vivre dans l’aliénation. Nous sommes alors emprisonnés par une dérive.
Cette réflexion nous conduit aux ressources évangéliques de la liberté.
Comment pouvons-nous dire que l’Eglise rend libre, si nous entendons des grognements et du prêchi-prêcha ? La liberté est « une invention » évangélique qui demande « des découvreurs ». Nous les retrouvons dans le récit du paralytique où les passeurs enlèvent le toit pour descendre celui-ci devant le Christ, mais aussi par l’intermédiaire d’autres témoins comme l’apôtre Paul.

4-La liberté vraie selon saint Paul.

C’est une liberté à recevoir sous la forme du don. Elle est à recevoir parce qu’elle nous est donnée. « C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés » (Gal5, 1). En d’autres termes, nous pouvons dire à la suite de saint Paul que c’est pour que nous soyons vraiment libres que le christ nous a libérés de la liberté. Cette répétition finale est une forme hébraïque. Une liberté qui serait vraiment libre : la liberté d’être ce que l’on est, appelé par une parole qui promet. Nous sommes libérés de la liberté de faire quelque chose pour la liberté d’être. Cette dernière est le don de l’Amour. L’enjeu est de la recevoir. Toutes les autres attitudes vont à l’encontre de ce don gratuit. La liberté de Dieu est offerte à tous. Il faut l’accueillir sans injonction. C’est ainsi que la parole de Dieu est alors audible. La Parole s’exprime par le geste de celui qui a fait le don, qui est intervenu : un don, signe gratuit, un merveilleux symbole.
La croix nous révèle le sens d’une vie au-delà du dû, de l’indu, du rendu, d’un don au-delà du don.
Nous pouvons retenir au terme de cette conférence que deux notions de la liberté s’expriment. La première se démontre par « les libertés ». Celle du droit de changer d’avis (je peux décider de mettre fin à ma vie, je choisis le suicide ou l’euthanasie. Je ne suis plus d’accord avec mon partenaire sentimental, je le change). Cette forme de liberté crée une instabilité, une précarité dans tous les domaines. Tout change à une vitesse croissante. C’est la liberté de FAIRE.
La seconde appelle à Exister. A laisser se manifester notre réalité intérieure, notre être. C’est une liberté d’ÊTRE qui se reçoit, qui s’accueille par le don gratuit.

 

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